jeudi 11 juin 2026

Le Sahara marocain, de Soūs al-Aqça aux Provinces du sud : évolution sémantique

Le Sahara marocain, de Soūs al-Aqça aux Provinces du sud : évolution sémantique

Par : Sidi Mohammed Biedallah, Diplomate marocain

L’évolution sémantique du terme désignant le Sahara marocain, de Cap Juby de l’antiquité, de Soūs al- Aqça de l’ère médiévale aux Provinces du Sud des temps modernes, raconte la place centrale que la région saharienne entreprend dans le devenir du Maroc.

 

Le dictionnaire Larousse définit le Sahara, qui vient de l’arabe al-Ṣahrā’, comme « Le plus grand désert du monde, en Afrique, couvrant plus de 8 millions km2 (recevant moins de 100 mm d’eau par an), entre l’Afrique du Nord méditerranéenne et l’Afrique subsaharienne, l’océan Atlantique et la mer Rouge. Le Sahara est un ensemble politiquement fractionné. De part et d’autre du tropique du Cancer, il s’étend sur une dizaine d’États : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, le Soudan, le Tchad, le Niger, le Mali et la Mauritanie. »

 

Pour Fernand Bradel, le Sahara, cette autre méditerranée, « est un univers étrange qui fait déboucher sur les rives mêmes de la mer (méditerranéenne) les profondeurs de l’Afrique et les turbulences de la vie nomade. »

 

Le terme Sahara fut utilisé, pour la première fois, pour donner un nom au Grand désert de l’Afrique du nord, par Ibn al-Hakam (803-871) dans son ouvrage « Conquête de l’Egypte, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne ».

 

Les Inscriptions libyco-berbères dans les Provinces du sud

 

L’appartenance du Sahara occidental atlantique au Maroc, où l’humanité a cuvé l’un de ses premiers pas – l’homosapiens de Jbel Oughoud date de plus de 300 000 ans -, prolonge ses racines dans les périodes initiales préhistoriques, représentées par les premières mouvances des populations du nord au sud, au gré des variations Climatiques.

 

Les sites de l’art rupestre qui parsèment l’ensemble saharien formé par l’arc anti-atlassien et les Provinces du Sud, se caractérisent par leur homogénéité : les premières activités humaines (la taille des pierres, la cueillette, la chasse, …), l’épigraphie libyco-berbère, …

 

38 des 56 sites rupestres d’inscription libyco-berbère du corpus national « Tirra », publié par Skounti et Lamjidi, sont situés dans le Maroc saharien : l’Anti-Atlas, l’Oued Dra’, le Tafilalet, la Sakia el-Hamra et l’Oued Ed-Dahab. Les deux archéologues notent, dans « Les inscriptions libyco-berbères en milieu rupestre au Maroc : bilan et perspectives de recherche », que l’étendue de cette épigraphie rupestre libyco-berbère dans les régions sahariennes du Maroc, de Figuig à Aousserd, en prolongement de celle des épitaphes et des stèles du Nord, est révélatrice de l’antériorité du rôle du Sud du Maroc comme « plaque tournante d’échange d’idées et des savoir-faire entre le Sahara et la Méditerranée occidentale à l’aube de fondation des premières entités politiques centralisées. »

 

Le Sahara, premiers contacts avec les civilisations méditerranéennes

 

Les étendues désertiques nord-africaines sont restée « une terre incognito » pour les civilisations gréco-romaines, avant que Hérodote ne les rebaptise « la Libye intérieure » au Ve siècle BP, suite à son voyage au sud de l’Egypte où il entre en contact avec les populations sahariennes de la Tripolitaine et en tire les premiers enseignements dans les Histoires : « les Garamantes et les Nasamons, qui pratiquent la chasse sur des chars à quatre chevaux et parcourent les étendues désertiques pour commercer avec le pays des hommes à peau noire.

Célébration citoyenne de la décision royale de décréter le 31 octobre, une Fête de l’Unité. MAP

Troc à la muette dans le littoral atlantique du sud du Maroc antique

 

Le père de l’histoire révèle également le fameux « troc à la muette » des Carthaginois avec les populations du littoral atlantique du sud du Maroc pour l’échange de l’or : « D’après les Carthaginois (encore), il y’a sur la côte libyenne un point habité, au-delà des colonnes d’Hercule, où ils abordent et débarquent leurs marchandises ; ils les étalent sur la grève, regagnent leurs navires et signalent leur présence par une colonne de fumée. Les indigènes qui voient la fumée viennent au rivage, déposent sur le sable de l’or pour payer les marchandises et se retirent ; les Carthaginois descendent alors examiner leur offre : s’ils jugent leur cargaison bien payée, ils ramassent l’or et s’en vont ; sinon, ils regagnent leurs navires et attendent. Les indigènes reviennent et ajoutent de l’or à la somme qu’ils ont déposée, jusqu’à ce que les marchands soient satisfaits. Tout se passe honnêtement, selon les Carthaginois ; ils ne touchent pas à l’or tant qu’ils jugent la somme insuffisante, et les indigènes ne touchent pas aux marchandises tant que les marchands n’ont pas ramassé l’or. »

 

Gétules, les nomades du désert libyco-berbère

 

Hérodote divise la Libye antique (le Maghreb actuel), terre des Lebu, ancêtres des Amazighes, en deux grands ensembles, le premier,  littoral et montagneux, habité par des sédentaires agriculteurs, et le deuxième, au sud, plat est sablonneux, parcouru par des pasteurs nomades.

 

Polybe qui a effectué, vers 146 BP, un long périple au large des côtes atlantiques de la Maurétanie Tingitane jusqu’au Cap Juby (Hesperu Ceras), et probablement à Sakia al-Hamra et Rio de Oro (Oued ed-Dahab), est le premier, selon Desanges, à avoir parlé des Gétules occidentaux, les Libyens de l’intérieur (les Amazighes nomades). Les Gétules Tingitanes occupaient, à l’époque, le territoire au sud de Sala (Chellah), Mogador, Rysaddir (Agadir), Masatat (Oued Massa) et l’au-delà de Daratate (Oued Dra’).

 

A la fin du 1er siècle de notre ère, les Grecs, grâce aux écrits de Dioscoride et Agrippa, commencent à faire la distinction entre « la Gétulie de Maurousie », le Sahara marocain et « la Gétulie de la Maurétanie Césarienne », le Sahara algérien.

 

Né près d’Algesiras, à Tingentera, au milieu du Ier siècle de notre ère, Mela, auteur de la Chorographie, divise la population maure de la Tingitane en trois parties : une population sédentaire et urbanisée dans les plaines atlantiques ; une population pastorale – mais au déplacement limité – dans les régions forestières, et les Gétules, au mode de vie nomade, dans les régions désertiques.

 

Le Périple d’Hannon, des Colonnes d’Hercules (Tanger) à l’île de Cerné (Dakhla)

 

Le fameux périple de l’Amiral carthaginois Hannon, au IVe siècle BP, parti de Cadix puis des Colonnes d’Hercules (Tanger) vers l’Île de Cerné (Dakhla) avant d’atteindre le grand volcan, appelé le Char des Dieux, au Cameroun, témoigne de la normalité de l’appartenance du Sahara au Maroc depuis la nuit des temps.

 

En vue d’explorer les confins sud du Maroc, le Suffète carthaginois a ramené dans son expédition maritime de 60 pentécontores, transportant 30.000 femmes et hommes, des « interprètes » du nord du Maroc pour mieux communiquer avec les populations du sud.

 

L’Amiral Hannon semble avoir atteint l’oued Dra’ (fleuve Lixos), l’oued Sakiya al- Hamra (fleuve Chrétès) avant de débarquer dans la baie de Dakhla (île Cernè), cette dernière étant placée par Hannon à équidistance des Colonnes d’Hercule par rapport à Carthage.

 

Certes, le périple d’Hannon continue de susciter des hypothèses les plus contradictoires et des débats les plus antagonistes entre chercheurs et spécialistes de tout bord; des experts favoris de la véracité du récit hannonien, comme Hlima Ghazi Ben Maïssa, sont convaincus que « le périple du Roi Carthaginois ne peut être réduit à une simple traversée de Cadix à Lixus (Larache), sinon il n’aurait mérité d’être immortalisé dans des plaques, suspendues dans le temple sacré de Baâl-Hammon, divinité suprême carthaginoise, et d’avoir acquis une notoriété telle qu’elle a traversé les siècles. »

 

Périple atlantique du Roi Juba II, entrée de Cap Juby dans l’histoire

 

Le périple de Juba II, Roi de la Maurétanie, mené au lendemain de son accession au pouvoir en l’an 25 av. J.-C, dans le littoral de l’extrême sud de la Maurétanie Tingitane (Sahara marocain), témoigne de l’intérêt que porte le Royaume maure à l’exercice de sa souveraineté sur ses régions sahariennes, à l’administration directe des échanges commerciaux atlantiques et à l’exploration de son potentiel économique.

 

Le géographe Schmit note, dans son article « La plus ancienne carte géographique du Maroc », que Juba II, Rex literatissimus, a effectué ce périple océanique sur la base d’une carte géographique du Royaume de Maurétanie, la Carte d’Agrippa, ministre et gendre de l’Empereur Auguste.

 

Du périple atlantique de Juba, l’histoire retient que le nom du Souverain maurétanien fut donné au Cap Juby « Tarfaya », et que les limites géographiques du monde connu furent repoussées au-delà de l’ »Hesperu Ceras ». 

 

Pline indique que le Roi Juba II a exploré également l’hinterland saharien « les pays du Noun et du Dra’, et y découvrent-ils une plante singulière à laquelle ils donnent le nom même de (son) médecin royal : Euphorbe – nom qu’elle a conservé depuis lors, depuis deux mille ans ».

 

Rebuffat souligne dans « La frontière de la Tingitane » que « Le roi maurétanien, depuis Baga, vers 200, jusqu’à Ptolémée, qui meurt en 40, règne au Maroc sur un territoire où la municipalisation et l’urbanisation progressent, … (Il) régit également son État par l’intermédiaire des chefs des grandes tribus. »

 

Pour A. Laroui, dans « Le Maroc du début du XIXe siècle à 1880 », ce mode de gouvernance s’est prolongé dans l’histoire du Maroc ; Il se manifeste dans la distinction entre “ un domaine de souveraineté et un autre de suzeraineté qu’on a pris l’habitude d’appeler Bilād al-Makhzen et Bilād al-Sibā, en les opposant toutefois trop systématiquement, la première, est administrée directement par le Sultan, alors que la deuxième l’est indirectement à travers des Chefs locaux (Caid).

 

Paul Martin relève dans « Quatre siècles d’histoire marocaine : au Sahara de 1504 à 1902 », que « Contrairement à la vision héritée de l’historiographie coloniale d’une dichotomie entre région obéissant au Souverain (Bled al-Makhzen) et celle qui défie son autorité (Bled Siba), les habitants éloignés des centres étatiques ont conçu des structures dans le cadre de cette notion de souveraineté. L’Imam reste Mawlana, c’est seulement en cas d’absence que la Jam’aa, prend sa place. Au Sahara prévalent des formes de l’autodétermination centrées sur le rôle de Jamaat Ait Larbaîne. »

 

Sahara marocain, le Souss al-Aqça des Sanhajas du Haut Médiéval

 

Les premiers géographes arabo-musulmans qui ont traité du Maghreb, al-Warraq al-Qayrawani, Ibn Abd al-Hakam, Ibn Khurradàdhbih, …, ont donné à l’ensemble du territoire marocain, de Tanger au Sahara, le nom de Soūs, le répartissant en deux sphères : Soūs al-Adna, qui correspond à la partie septentrionale du Maroc et Soūs al-Aqça, allant des contreforts de l’Atlas aux confins du Sahara.

 

La notoriété des Idrissides de Fès et des Fatimides d’al- Kairouan fait émerger les notions d’Ifriquia (la Tunisie) et d’al- Maghreb al-Aqça (le Maroc), circonscrivant, par conséquent, l’usage de Soūs au sud du Maroc, Soūs al-Adna devient ainsi la région de Soūs actuelle et Soūs al-Aqça couvre les Provinces sahariennes.

 

La géographie humaine de Soūs al-Aqça, le Sahara marocain actuel, fut balisée dans les écrits pionniers de al-Yaâqūbi (Tarikh Yaâqūbi, en 872), d’ibn al-Fakih (Kitab al-Būldan, en 903) et d’ibn Hawqal (Sūrat al-Ard, en 977).

 

Al-Yaâqūbi est le premier à dévoiler « une population qui s’appelle Anbiya, fraction des Sanhâdja (Iznāgn), au Sahara ; ils n’ont pas d’habitation fixe. Ils se voilent le visage, suivant une de leurs coutumes. Ils ne portent point de tunique mais se drapent dans des pièces d’étoffes. Leur nourriture est tirée des chameaux. Ils n’ont ni céréales ni blé. »

 

Ibn Hawqal relève que « Les Sanhaja (du Sahara) sont les maîtres de la route. Ce sont des gens remarquables par la bravoure, l’audace, l’habileté à monter les chameaux, la rapidité à la course, l’endurance, la connaissance de la configuration du sol, l’aptitude à être guide et à repérer les points d’eau sur une simple indication ou de mémoire. »

 

Sahara du Maroc dans les écrits d’Al-Bekri et d’ibn Khaldoūn

 

Le géographe andalou al-Bekri, contemporain de l’arrivée au pouvoir des Almoravides, Sanhajas du Sahara, est le premier à avoir utilisé le terme du Sahara du Maroc «  صحراء المغرب الأقصى » pour désigner les régions sahariennes marocaines : « on met cinq journées pour se rendre du Ouadi Deraâ à Ouadi Targa (Sakia al-Hamra actuel) qui marque le commencement du Sahara », dont le chef -lieu, Noūl Lamta, est « le premier lieu habité que le voyageur rencontre quand il arrive du Sahara, Les navires mettent trois jours à se rendre des parages du Noūl jusqu’à Oued Soūs. Ensuite ils font route pour Amegdoul -Mogador- ».

 

Al-Idrissi (1100-1165), précurseur de la cartographie moderne, représente, dans « Nouzhat al- Mouchtak » ou « le livre de Roger », Sahara marocain par son chef-lieu, Noūl Lamta.

 

Ibn Khaldoūn consacre l’usage du « Sahara du Maroc », صحراء المغرب الأقصى , en l’intégrant dans son œuvre prémonitoire sur le Maghreb où il décortique le basculement de la géographie humaine du Sahara, avec l’arrivée, au XIIIe siècle, des Dwi Hassan, de la Migration hilalienne, qui se sont mis à « peupler les plaines et les solitudes du Sahara du Maghrib al-Aqça. Ayant soumis ces vastes contrés, ils formèrent, avec les Zenata (les Mérinides), une confédération qui ne se brisa jamais. ».

 

Ibn Khaldoūn indique que « Les Ma’qîl (Dwi Hassan) payaient au gouvernement zenatien (mérinide) un impôt à titre de dîme ; ils lui remettaient aussi le prix de sang, et ils avaient même à supporter une taxe appelée le Chameau de Bât – جمل الرحيل – dont le Sultan réglait le montant à son gré. »

 

Il souligne qu’à la différence de la migration hilalienne, associée à « la désolation et la ruine », « Jamais (les Dwi Hassan) ne commirent des brigandages sur les limites du Maghreb ni sur les plateaux ; jamais ils n’interceptèrent les caravanes qui se rendaient au Soudan depuis Sijilmasa et d’autres lieux », au contraire, ils se sont soumis à l’autorité souveraine du « gouvernement du Maghreb, sous les Almohades, et, ensuite, sous les Zenata » qui dispose « de forts corps de troupes à la défense des frontières sahariennes. »

 

Les Géographes-Voyageurs cosmopolites Ibn Battûta (1304-1369) et Ibn al-Hassan al- ñWazzān (1485-1554), émissaires diplomatiques des Mérinides, des Wattassides et des Saâdiens, qui ont forgé la fascination de l’humanité pour le Sahara et l’Afrique, se sont étalés sur le rôle central du « Sahara du Maghrib al-Aqça » dans l’interaction entre le Maroc et l’Afrique occidentale.

 

L’œuvre universaliste d’Ibn al-Wazzān, Léon l’Africain, a inspiré ainsi les langues latines, par le truchement de l’italien, pour qu’elles empruntent le terme Sahara de l’arabe, Sahra’.

 

Franchissement ibérique de l’axe côtier saharien Cap Juby – Rio de Oro au Xve siècle

 

Durant l’époque de la floraison des mappemondes et des “découvertes maritimesˮ, le Sahara marocain fut plutôt connu par ses côtes océaniques. Dès 1375, l’Atlas catalan, de l’école juive majorquine d’Abraham Cresques, énumère les points côtiers marocains : « Arzila, Larax, Salle, Zamor, Cabo de Cantin, Saffi, Mogador, Cabo de Non, Cabo de Buytder – Bojador -, Riu de l’or – Rio de Oro -. », alors que Betencourt, le conquérant des Iles Canaries en 1402, étend “le Zahara, de Cabo Bojador à Rio de Oro.ˮ

 

Mais ce sont les Portugais, en franchissant le Cap Bojador (Gil Eanes, 1434), surnommé “Cabo do Medo” ou “Cap de la Peur”, où ils y construisent le premier phare au Maroc, et Rio de Ouro (Nuño Tristão, 1435), qui sont aux sources de l’éclosion de la représentation européenne du Sahara marocain par sa côte maritime de Cap Noūn et Cap Juby à Rio de Oro.

 

L’identification du Sahara marocain par son littoral, de Cap Noun à Rio de Oro, reste également d’usage dans les traités internationaux précoloniaux entre le Maroc, seul Etat indépendant existant dans la région à la veille de l’action coloniale européenne, et les puissances internationales de l’époque, dans lesquels ces dernières font part de leur reconnaissance de la marocanité du Sahara et de la souveraineté de l’Empire chérifien sur ses provinces sahariennes.

 

Particularité des liens d’allégeance des populations saharienne aux Souverains Alaouites

 

La Bay’a des tribus sahariennes pour l’intronisation de Moulay Ali Chérif, fondateur de la dynastie alaouite, l’accueil triomphal aux confins de la Sakia al- Hamra, auréolé de fierté dans la mémoire Hassanie, des Sultans Moulay Rachid, en 1670, et Moulay Ismail en 1678, lors de leurs Grandes Mahalla et le statut d’avant-garde de Guich Oudayas sahariens dans l’armée chérifienne ont participé de la singularité des liens souverains de l’allégeance des populations sahariennes au Trône Alaouite.

 

Le Sultan Moulay Ismaïl tint d’ailleurs à arborer le titre d’Empereur des deux Royaumes, le Royaume de Fès, Tafilalet et Marrakech, ainsi que le Royaume des deux Sahara, c’est-à-dire le Sahara occidental et le Sahara oriental (Bahija Simou, la Marocanité du Sahara dans les documents des Archives Royales. Médias24, 16/01/2023).

 

La lignée dynastique remontant au Sultan Moulay Abdallah, de mère saharienne, Lalla Khnatha Bint Bakkar Al- Maghfiria confère une dimension pérenne et intime à la particularité des liens souverains de la Bay’a des populations du Sahara marocain aux Sultans et Rois alaouites.

 

L’affermissement des Provinces sahariennes en Foyer de la résistance marocaine contre l’entreprise coloniale européenne, menée par les Sultans Alaouites, marquée par les deux grandes Mahallas du Sultan Hassan I aux régions sahariennes, en 1880 et 1882, marquée la solonnelitée cérémonie de la Bay’a des tribus sahariennes, conduites par le Qadi Mohamed Ben Youssef Ben Abdelhay El Barbouchi Regueibi et la nomination de Amels et Caids.

 

La résistance marocaine au Sahara enracine d’ailleurs la fascination occidentale pour le Sahara, représentée par cette lubie de franchir « la cité interdite », Smara, située sur l’un des affluents de Sakia al- Hamra, dernier bastion marocain à être soumis au fait colonial en 1938, et rendue célèbre par la clameur de Michel Vieuchange «Voir Smara et mourir, la mystérieuse capitale des Hommes bleus de Rio de Oro».

 

Le Sahara marocain dans le récit colonial

 

Le processus de colonisation et de décolonisation du Sahara marocain de 1884 à 1975, qui sortent du schéma traditionnel, s’est accompagné d’une évolutive altération de la sémantique utilisée pour exprimer le fait colonial des Provinces sahariennes du Maroc.

 

Circonscrite à « la colonie espagnole de Rio de Oro », imposée en novembre 1884, au moment même où le Maroc fut l’objet principal des Conférences de Madrid de 1880 et de Berlin (15 novembre 1884-26 avril 1885), l’emprise coloniale de l’Espagne s’étend, en 1886, vers la ligne côtière de “Oued Dra’ au Cap Bojador”, et ne sera effective à Laayoune et à Smara qu’en 1934 et 1938.

 

Les arrangements pour le dépeçage du territoire marocain entre la France et l’Espagne, en violation de l’acte de la conférence d’Algésiras de 1906 prévoyant le respect européen de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Empire chérifien, démembrent les provinces sahariennes; la partie septentrionale est soumise au protectorat français, alors que la région méridionale, déclinée en zones d’influence et de protectorat, revient, au terme d’un processus sinueux et confus, à l’Espagne.

 

Pendant des décennies, l’Espagne gérait sa colonie du Sahara marocain, sous la dénomination de l’“Afrique occidentale espagnole”, couvrant “ Ifni, Saqia al- Hamra, dénommé -Sahara espagnol-, et Rio de Oro”, à partir de Tétouan, capitale de son protectorat au nord du Royaume, siège de la “Oficina de Marruecos”, créée en 1925, convertie en “Haut-Commissariat de l’Espagne au Maroc”, en 1934.

 

Ce n’est qu’en 1958 que l’Espagne engage, pour tenter de contourner les revendications légitimes du Maroc, un processus de “ provincialisation” de son Afrique occidentale espagnole ”, en mettant en avant “ deux nouvelles provinces espagnoles, Ifni et le Sahara espagnol – Sakia al- Hamra et Rio de Oro –

 

Processus de décolonisation et de récupération des Provinces sahariennes

 

Au lendemain de la proclamation de l’indépendance du Maroc, en 1956, le Roi Mohammed V fait part, dans son discours de M’Hmaid el Ghizlane, en février 1958, de sa détermination à n’épargner aucune effort « pour le retour de notre Sahara dans le cadre du respect de nos droits historiques et selon la volonté de ses habitant », en replaçant à la tête de l’agenda bilatéral maroco-espagnol la question de la récupération des Provinces Sahariennes, où l’Armée de la libération du Sud marocain, sous les auspices du Souverain alaouite, réussit déjà, et pendant une bonne partie de la décennie 1950, à réimplanter les attributs de la souveraineté marocaine au Sahara marocaine.

 

La voie de la négociation entre le Maroc et l’Espagne donne ses premiers fruits dès 1958, avec la rétrocession de la région saharienne entre l’Oued Dra’ et le Cap Juby, en vertu de l’accord de Cintra, puis de Sidi Ifni, le 4 janvier 1969, conformément au traité Fès.

 

L’élan citoyen et civique en réponse à l’appel de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait Son âme, pour la récupération des Provinces du sud, s’est traduit par la participation de 350.000 marocaines et marocains à la Marche Verte du 6 novembre 1975 à l’issue de laquelle le Maroc parachève, ad vitam æternam, son intégrité territoriale et son unité nationale.

 

SM Roi Mohammed VI, relance de la centralité géopolitique du Sahara marocain

Cérémonie de la Baya’ d’Amir Al Mouminine, Sa Majesté le Roi Mohammed VI (31/07/2023). MAP

A l’aune de la primauté que Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’assiste, lui accorde au sein du processus de mise en œuvre de la régionalisation avancée, le Sahara marocain, couvrant les trois régions, Laâyoune – Sakia al-Hamra, Dakhla – Oued Eddahab et Guelmim -Oued Noun, regagne sa place constitutive dans la dynamique sociétale et institutionnelle du Royaume.

 

Le nouveau modèle de développement des Provinces du Sud, d’un montant d’investissement de plus de 80 milliards de dirhams (8 milliards de dollars), initié et lancé, en 2015, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu le Glorifie, participe de cette vision royale de restituer au Sahara marocain sa centralité d’antan dans la carte géopolitique du Maroc.

 

Une perspective audacieuse et réfléchie que conforte le tournant décisif que connaît la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara, aiguillée par la décision du Président américain Donald Trump, en décembre 2020, de reconnaître l’appartenance du « territoire du Sahara Occidental » au Maroc, suivie de celle de l’Espagne en 2022, de la France, en 2023, et d’une majorité, couvrant, de plus en plus, la communauté internationale dans sa globalité.

 

Outre l’élargissement du réseau consulaire à Dakhla et à Laâyoune, qui compte déjà une quarantaine de pays, l’accueil des rencontres internationales de haut niveau (commissions mixtes, forums multilatéraux, …) et le renforcement des connexion multimodales avec l’Afrique sub-saharienne et sahélienne, repositionne la région du Sahara au cœur de la géoéconomie de l’Afrique de l’ouest.

 

Un horizon prometteur qu’encadre l’initiative panafricaine tripartite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’assiste, en l’occurrence le mécanisme des Pays africains riverains de l’Atlantique, l’accès des pays du Sahel à l’Atlantique et le Gazoduc Maroc-Nigeria.