21 septembre 2026

L’Observatoire Social lance l’Indice Africain du Progrès Social et appelle à sa co-construction

L’Observatoire Social lance l’Indice Africain du Progrès Social et appelle à sa co-construction

 

« Ne mesurons plus l’Afrique avec les lunettes des autres »

L’Observatoire Social, Think & Do Tank non partisan basé à Casa Finance City, à Casablanca, et actif à l’échelle du continent africain, annonce le lancement de l’Indice Africain du Progrès Social (IAPS), un référentiel de mesure du progrès social conçu en Afrique, pour l’Afrique et ouvert à la co-construction avec les acteurs du continent.

Cette initiative prolonge la réflexion portée par Oumaima Mhijir, fondatrice et présidente exécutive de l’Observatoire Social, dans sa tribune « Ne mesurons plus l’Afrique avec les lunettes des autres », relayée par L’Économiste dans son édition n° 7336 du 14 septembre 2026, dans la rubrique « Le Cercle des Experts ».

L’IAPS part d’un constat : alors que l’Afrique comptera, à l’horizon 2050, un habitant sur quatre de la planète et abritera la population la plus jeune au monde, certains outils utilisés pour mesurer son progrès social reposent encore sur des catégories qui ne rendent pas pleinement compte de ses réalités économiques et sociales.

Le marché du travail en fournit une illustration. Selon l’Organisation internationale du travail, 83 % des emplois en Afrique et plus de 86 % en Afrique subsaharienne relèvent de ce qui est communément appelé l’économie « informelle », alors même qu’elle constitue une composante majoritaire de l’activité économique du continent.

Le même décalage apparaît dans d’autres domaines. En matière d’inclusion financière, la détention de comptes bancaires ne suffit pas à rendre compte de l’essor des nouveaux usages, alors que l’Afrique subsaharienne représente plus des deux tiers de la valeur mondiale des transactions de mobile money, soit 1 400 milliards de dollars en 2025. Dans le domaine foncier, le Rwanda a enregistré plus de dix millions de parcelles en moins de cinq ans, en s’appuyant notamment sur la reconnaissance communautaire des limites.

Pour Oumaima Mhijir, ces exemples révèlent avant tout un enjeu méthodologique : certaines réalités africaines restent insuffisamment visibles lorsqu’elles ne correspondent pas aux catégories statistiques traditionnellement utilisées.

« Ce n’est pas de la mauvaise foi. C’est pire : c’est un angle mort méthodologique. Depuis des décennies, l’Afrique se fait noter par des grilles qui ne savent pas la lire — et elle finit par intérioriser des scores qui ne racontent pas qui elle est. »

L’IAPS ne se veut ni une rupture avec les méthodologies existantes ni un modèle figé. L’Observatoire Social le conçoit comme un instrument évolutif, fondé sur l’approche des capacités réelles (capabilities) développée par Amartya Sen, dont l’économiste malawite Thandika Mkandawire a approfondi la lecture appliquée aux réalités africaines.

L’objectif est de construire une architecture statistique capable de mieux prendre en compte l’économie majoritaire, les régimes fonciers coutumiers et les mécanismes communautaires d’inclusion.

« Nous n’avons pas besoin qu’on nous explique notre propre progrès. Nous avons besoin des outils pour le nommer nous-mêmes, le mesurer avec justesse et le revendiquer avec fierté. La souveraineté statistique n’est pas un luxe académique : c’est une condition de la souveraineté, tout court », souligne Oumaima Mhijir.

Un indice ouvert à la co-construction

Pour l’Observatoire Social, la légitimité de l’IAPS reposera sur sa capacité à être co-construit. Le projet est ainsi ouvert aux chercheurs et statisticiens africains, aux universités et centres de recherche, aux instituts nationaux de statistique et aux institutions panafricaines.

Il s’adresse également aux banques centrales, régulateurs, opérateurs télécoms, fintechs et plateformes de mobile money, ainsi qu’aux institutions publiques, collectivités locales, autorités coutumières, organisations de femmes, coopératives, acteurs de l’économie populaire et organisations associatives.

Parmi les acteurs appelés à contribuer figurent notamment CODESRIA, l’African Economic Research Consortium, les écoles africaines de statistique, STATAFRIC, l’Institut panafricain de statistique de l’Union africaine et le Centre africain pour la statistique de la CEA.

L’IAPS n’a pas vocation à concurrencer la Charte africaine de la statistique, mais à en prolonger l’ambition dans le domaine du progrès social. L’Observatoire Social invite ainsi les acteurs concernés à apporter leurs données, analyses, expériences de terrain et critiques afin de contribuer à la construction d’un référentiel robuste et ouvert.

L’Observatoire Social

Basé à Casablanca, l’Observatoire Social est une association non partisane conçue comme un Think & Do Tank actif à l’échelle africaine. Sa mission est de placer la compréhension des réalités vécues au cœur de la transformation sociale et de renforcer l’intelligence sociale, la prospective et la lecture territoriale des politiques publiques.

Son action couvre notamment le capital humain et le travail ; le genre, l’inclusion et la pluralité des capacités ; la santé et la protection sociale ; la mobilité, les migrations et la diaspora ; ainsi que la gouvernance, la démocratie et le contrat social. La technologie et l’intelligence artificielle, le climat et la durabilité ainsi que l’approche territoriale constituent des dimensions transversales de cette approche.

À travers le lancement de l’IAPS, l’Observatoire Social entend ainsi ouvrir un chantier continental autour d’un objectif : mieux mesurer le progrès social à partir des réalités africaines elles-mêmes.

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