À Beni Mellal, le LRALLARC place l’exigence critique au cœur de la formation doctorale

La première journée des Doctoriales 2026, à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Béni Mellal, porte une conception exigeante de l’apprentissage de la recherche. En présence du professeur Abdeltif Makan, vice-doyen chargé de la recherche scientifique et de la coopération, le professeur Mounir Oussikoum, directeur du LRALLARC, en fixe le principe : les doctorants viennent soumettre leur travail à la discussion et chercher les objections qui le feront progresser. L’approbation et les applaudissements ne sauraient en constituer l’horizon.
« Ne venez pas chercher l’approbation. » L’invitation adressée aux doctorants par le professeur Mounir Oussikoum, directeur du Laboratoire de recherches appliquées sur la littérature, la langue, l’art et les représentations culturelles, donne sa ligne à cette première journée du jeudi 22 octobre. Elle engage une certaine idée de l’université : un lieu où l’on apprend à éprouver ses convictions, à justifier ses choix et à reprendre ce que l’on croyait établi.
À l’Université Sultan Moulay Slimane, les Doctoriales du LRALLARC placent ainsi la recherche en cours au centre de l’attention. Sous l’intitulé « Recherches en devenir : avancées, échanges et perspectives », elles donnent une visibilité à ce que les manifestations scientifiques montrent parfois moins volontiers : les hésitations d’une démarche, les difficultés d’un corpus, les hypothèses qui demandent encore à être vérifiées. Le travail doctoral y apparaît dans son mouvement, avant la stabilisation des résultats et l’assurance de la soutenance.
Cette orientation prend un relief particulier au moment où le laboratoire vient d’être réaccrédité pour la période 2026-2029. Ouvrir ce nouveau mandat par des Doctoriales constitue, selon son directeur, un choix délibéré. La valeur d’un laboratoire se mesure aux thèses qu’il accompagne jusqu’à leur terme et à la qualité des chercheurs qu’il contribue à former. Derrière cette affirmation se dessine une responsabilité concrète : faire de la structure de recherche un véritable milieu de formation, capable de suivre les parcours et d’aider les doctorants à franchir les obstacles scientifiques.
La présence du professeur Abdeltif Makan, vice-doyen chargé de la recherche scientifique et de la coopération, inscrit cette ouverture dans le cadre institutionnel de cette mission. L’accompagnement doctoral engage à la fois les encadrants, le laboratoire et l’établissement universitaire : il demande des espaces de discussion où les recherches puissent être présentées, examinées et réorientées au fil de leur progression.
La programmation de cette première journée fournit le terrain de cet apprentissage. La matinée est consacrée aux littératures francophones, aux questions d’identité, d’exil et d’interculturalité, puis aux poétiques et aux approches critiques du texte littéraire. L’après-midi prolonge la réflexion vers le cinéma, les récits et les esthétiques, avant d’aborder la sémiotique de l’image et l’intermédiarité. Ce parcours, de l’écrit à l’écran et aux dispositifs de production du sens, fait apparaître la diversité des objets réunis au sein du LRALLARC.
L’enjeu formateur réside dans la manière de les interroger. Étudier les frontières dans les récits migratoires suppose de préciser ce que recouvre le concept de résilience. Examiner l’interculturalité demande de montrer comment elle s’inscrit dans les formes du texte. Analyser une adaptation cinématographique oblige à comprendre ce que le changement de support transforme dans le récit et dans ses représentations sociales. Chaque sujet appelle donc un travail de délimitation, de méthode et de mise à l’épreuve des interprétations.
C’est ici que les interventions des encadrants prennent toute leur portée. Questionner une notion trop large, demander la justification d’un corpus, signaler un décalage entre la problématique annoncée et l’analyse proposée : ces gestes orientent le chercheur au moment où son travail peut encore être réorganisé. Ils l’aident à distinguer une intuition prometteuse d’une hypothèse démontrable, une accumulation de références d’un cadre théorique effectivement maîtrisé.
Le professeur Mounir Oussikoum donne à cette relation pédagogique un sens précis : le retour des professeurs doit être reçu comme un service rendu à la recherche. L’objection possède alors une valeur formatrice. Elle révèle une difficulté que le doctorant, trop proche de son objet, ne voit plus toujours ; elle ouvre une piste ou impose une vérification. Apprendre à l’entendre, puis à y répondre par un raisonnement, participe pleinement de la construction de l’autonomie scientifique.
Cette exigence engage également les enseignants-chercheurs. Une discussion utile demande une lecture attentive, une critique argumentée et des indications qui permettent d’avancer. La responsabilité de l’encadrement consiste à rendre le travail plus solide tout en laissant au doctorant la charge de ses décisions intellectuelles. Le laboratoire devient ainsi un espace où la formation dépasse la relation individuelle avec le directeur de thèse : les regards se croisent, les méthodes se discutent et les difficultés peuvent devenir des objets de réflexion partagés.
L’allocution insiste, dans cette perspective, sur la place des codirecteurs. Leur engagement est présenté comme une responsabilité scientifique pleine, égale à celle de l’autre directeur. Cette précision touche au fonctionnement même de la formation doctorale. Une codirection suppose un suivi effectif, des exigences partagées et la capacité, entre encadrants, d’accepter la contradiction. Le doctorant doit pouvoir trouver dans cette pluralité de regards un accompagnement cohérent, auquel il rend compte avec la même rigueur.
La première journée des Doctoriales invite ainsi à regarder le rôle du LRALLARC au sein de l’université à travers ses pratiques de formation. Présenter un travail, expliquer sa méthode, recevoir une réserve et reformuler une question sont des actes constitutifs du métier de chercheur. En leur donnant un cadre collectif, le laboratoire fait de la discussion scientifique une étape du parcours doctoral.
La portée du message inaugural tient à cette exigence adressée à tous : venir pour travailler sa recherche au contact des autres. Les applaudissements peuvent saluer une présentation ; seule une discussion précise peut aider à en dépasser les limites. C’est dans ce passage de la reconnaissance à l’examen critique que se joue l’ambition formatrice de ces Doctoriales.




