J’Accuse

 

J’accuse la déroute d’un système qui brise ses enseignants et trahit ses élèves.

J’accuse un système éducatif qui, sous couvert d’expérimentation et de modernisation, sacrifie la sérénité et la crédibilité de l’école sur l’autel de l’improvisation permanente.

J’accuse l’impréparation systémique qui transforme une expérimentation pédagogique en un naufrage émotionnel pour nos enfants.

J’accuse ceux qui, confinés dans leurs bureaux, prennent des décisions en vase clos, sans mesurer une seule seconde le tsunami de confusion et d’anxiété qu’ils déchaînent dans les salles de classe.

J’accuse cette logique absurde qui consiste à punir sur le terrain les erreurs commises en haut lieu. On paie, nous enseignants. Les enfants paient. Notre autorité, notre crédibilité, leur confiance, tout cela se dissout dans la gestion chaotique de ce projet qui se veut la panacée de notre école.

Assailli par une forêt de mains levées, non pas pour répondre à une question de cours, mais pour demander :

« Monsieur, pourquoi ? »

« Monsieur, quand est-ce qu’on finit ? »

« Monsieur, est-ce que ça compte encore ? »

« Est-ce qu’on a travaillé pour rien ? »

« Monsieur, c’est quand vraiment l’examen ? »

« Est-ce que c’est grave si le sujet a fuité ? »

« Qui a fait ça ? »

« Serait-il puni? »

J’ai vu dans leurs yeux le sentiment de l’injustice et de l’arbitraire. Je les vois qui commencent à douter de la valeur même de tous ces efforts. « À quoi ça sert, monsieur, si tout peut changer du jour au lendemain ? ». Que leur répondre ?

Et pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas de réponses. Je clame mon épuisement, ma colère et ma profonde tristesse.

Au nom de tous ceux qui, dans le silence des salles de classe, doivent chaque jour rafistoler les fissures d’un système qui se délite sous leurs yeux:

j’accuse, et j’attends des comptes.

Pour les élèves. Pour les enseignants. Pour l’école. Pour le MAROC.

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