12 septembre 2026

Le président de la Coordination des Marocains au Pays basque alerte contre la montée de la xénophobie

Le président de la Coordination des Marocains au Pays basque alerte contre la montée de la xénophobie

El Mostapha Ait Oukdim dénonce l’instrumentalisation politique de la crise migratoire, condamne les atteintes aux symboles du Maroc et appelle à préserver la dignité et la coexistence entre Espagnols et Marocains

L’Espagne a connu ces dernières semaines une grave crise migratoire et humanitaire à la suite de l’entrée massive de personnes par la frontière de Ceuta, parmi lesquelles de nombreux mineurs, dans des circonstances particulièrement difficiles.

Cette situation a légitimement suscité des inquiétudes et un important débat au sein de la société espagnole. Mais parallèlement à cette préoccupation, la Coordination des Marocains au Pays basque affirme avoir été témoin de faits qu’elle estime ne pas pouvoir passer sous silence : des atteintes publiques aux symboles du Maroc, des agressions verbales et physiques visant des personnes marocaines, ainsi qu’un discours qu’elle juge de plus en plus susceptible de transformer toute une communauté et tout un pays en boucs émissaires d’une crise complexe.

Dans un manifeste intitulé « Contre l’atteinte aux symboles du Maroc et l’instrumentalisation politique de la crise humanitaire : pour la dignité, la coexistence et la vérité face à la haine et à l’opportunisme », l’organisation prend position contre ces dérives et appelle à une réponse fondée sur le respect, la responsabilité et le dialogue.

Le rejet des atteintes aux symboles du Maroc

La Coordination condamne en premier lieu les actes visant les symboles marocains.

Elle rappelle que le drapeau et les autres symboles représentant le peuple marocain ne sont pas de simples objets, mais qu’ils renvoient, selon elle, à la dignité d’un peuple tout entier.

L’organisation estime que brûler, piétiner ou profaner ces symboles ne relève pas d’une critique politique légitime, mais constitue une humiliation délibérée.

Elle demande aux autorités et aux organisateurs des manifestations de condamner publiquement et explicitement de tels actes et souhaite que les faits soient examinés par les autorités compétentes et, lorsque les conditions légales sont réunies, poursuivis conformément à la législation en vigueur.

La Coordination rejette également toute tentative de présenter ce type d’actes comme une forme de « patriotisme », estimant qu’ils relèvent de l’intolérance et doivent être nommés et combattus comme tels.

Une crise migratoire qui ne doit pas devenir un outil électoral

Autre point central du manifeste : le rejet de ce que l’organisation considère comme une instrumentalisation électorale de la crise humanitaire.

Pour la Coordination, une crise migratoire exige une gestion sérieuse, une coopération bilatérale entre l’Espagne et le Maroc ainsi qu’une protection particulière des mineurs. Elle ne devrait pas, selon elle, devenir un instrument de confrontation entre partis politiques.

L’organisation refuse que la souffrance des migrants et l’inquiétude légitime des habitants de Ceuta soient utilisées pour alimenter la confrontation politique ou réduire une réalité complexe à des slogans destinés à mobiliser l’électorat autour de la peur.

Elle estime également que cette approche risque de détourner l’attention des véritables responsabilités institutionnelles pour désigner plus facilement un adversaire collectif sur la base de son origine ou de sa nationalité.

Des critiques envers une partie des médias

Le manifeste adresse également des critiques à une partie des médias, accusés par la Coordination de contribuer à une représentation déséquilibrée du Maroc et de la relation hispano-marocaine.

L’organisation déplore notamment le recours fréquent à des commentateurs connus pour leurs positions hostiles au Maroc, au détriment, selon elle, de voix spécialisées disposant d’une connaissance réelle des relations entre les deux pays.

Elle appelle ainsi les médias à davantage de responsabilité et de pluralité.

Pour la Coordination, le débat public devrait permettre de mieux comprendre la complexité des relations hispano-marocaines et des questions migratoires, plutôt que de renforcer des préjugés ou de présenter systématiquement le pays voisin sous l’angle de la menace.

« Marocain » ne doit pas devenir synonyme de menace

La Coordination rejette par ailleurs les discours qui généralisent et déshumanisent une nationalité entière.

Elle affirme ne pas accepter que le terme « Marocain » devienne synonyme de « menace », et condamne les discours visant collectivement les personnes en raison de leur origine ou de leur nationalité.

Elle dénonce également les insultes et agressions visant des personnes, des commerces ou des symboles marocains.

L’organisation critique dans le même temps ce qu’elle considère comme le silence de certaines personnes investies de responsabilités publiques, qui, selon elle, ne condamnent pas toujours ces faits avec la même fermeté que celle affichée lorsqu’il est question de renforcer les contrôles aux frontières.

La responsabilité des institutions

Dans son manifeste, la Coordination réclame le respect de la dignité de toutes les personnes, quelle que soit leur nationalité ou leur origine.

Elle appelle à une gestion sérieuse et humaine de la crise migratoire, éloignée des calculs électoraux, ainsi qu’à une condamnation unanime et sans ambiguïté de toute atteinte aux symboles nationaux, qu’ils soient espagnols ou marocains.

Elle défend également une conception de la coexistence fondée sur la reconnaissance mutuelle plutôt que sur la suspicion permanente.

L’organisation insiste enfin sur la responsabilité des médias et de la classe politique dans la manière dont cette crise est présentée et commentée dans l’espace public.

L’Espagne et le Maroc : privilégier le dialogue

Le manifeste rappelle que l’histoire entre l’Espagne et le Maroc est aussi une histoire de voisinage et d’échanges.

Pour la Coordination des Marocains au Pays basque, les différends et les crises doivent être abordés par la diplomatie et le dialogue, et non par les insultes, les discours de haine ou les actes visant les symboles d’un pays voisin.

L’organisation souligne que défendre la sécurité et le bien-être de Ceuta ne nécessite pas d’humilier un peuple voisin et que réclamer une politique migratoire sérieuse ne signifie pas transformer une communauté en ennemi.

La Coordination appelle ainsi à préserver les relations de voisinage entre les deux pays et à éviter qu’une crise ponctuelle ne produise des conséquences durables sur la coexistence entre les populations espagnole et marocaine.

« La dignité humaine doit rester au-dessus des intérêts électoraux »

En conclusion de son manifeste, la Coordination des Marocains au Pays basque appelle à faire en sorte que l’indignation légitime suscitée par une crise réelle ne se transforme pas en xénophobie.

Elle demande également qu’aucun intérêt électoral ne soit placé au-dessus de la dignité humaine.

À travers ce manifeste, l’organisation entend ainsi défendre une coexistence fondée sur le respect mutuel et rappeler que les débats sur la migration et la sécurité peuvent être menés avec fermeté sans transformer une nationalité ou une communauté entière en adversaire collectif.

Le document est signé par El Mostapha Ait Oukdim, président de la Coordination des Marocains au Pays basque.

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